Comment négocier avec confiance et conscience

Qu’est ce qui vous vient à l’esprit quand vous entendez le mot ‘négociation’ ?

Pour beaucoup d’entre nous c’est l’image classique de deux parties opposées assises l’une en face de l’autre autour d’une table de conférence,  qui se jaugent du regard en murmurant des stratagèmes à leur partenaire.

Les enjeux sont élevés dans cette image de champs de bataille en salle de conférence qu’on a tous très probablement vu dans les films et séries télés.

people sitting around a table in a work enviromentET si je vous disais que bien que ces intéractions apparaissent palpitantes à la télé, il s’agit là d’une piètre manière de négocier qui crée plus de problèmes qu’elle n’en règle ?

Et si je vous disais qu’il y a une approche à la négociation bénéfique sur le long terme, qui renforce les relations, favorise des solutions mutuellement bénéfiques…le tout sans affecter votre tension artérielle ?

Il s’agit de la négociation consciente et c’est là une approche que vous pouvez mettre en pratique même si la partie opposée n’a jamais entendu ce mot.

Dans cet article, nous allons découvrir :


Pourquoi négocions-nous dans le monde des affaires?

Quel est le but de la négociation? Par définition, négocier signifie ‘Discuter de quelque chose avec quelqu’un en vue d’obtenir un accord’.

Alors qu’est ce qu’une négociation dans le contexte du monde des affaires? C’est la réunion de deux ou plusieurs parties en vue de créer un accord mutuel. Nous négocions pour résoudre des problèmes, créer des opportunités, construire des relations, faire face aux défis, tirer profit de ce qui se présente, et bien plus encore.

Si le but principal de la négociation dans le monde des affaires est simplement celui de parvenir à un accord, cela signifie que l’approche que vous choisissez est ouverte. Elle ne doit pas être limitée. L’approche de la bataille est une option parmi d’autres et il s’agit de l’option la plus limitante.


Pourquoi les modèles de négociation traditionnels causent-ils des problèmes

Analysons la question “Pourquoi la négociation est-elle si importante dans le milieu des affaires ?” Supposons que vous négociez une promotion au travail, les coûts d’un produit avec un fournisseur, ou encore les termes d’un contrat de partenariat. Au cœur de ces trois exemples, il y a la relation interpersonnelle… une relation qu’on voudrait de longue durée et mutuellement bénéfique.

La négociation est importante à cause des rapports personnels. Oui bien sûr on doit veiller à résoudre les problèmes mais tout cela est facilité par la qualité des relations interpersonnelles.

Si on approche la négociation avec une mentalité de gagnant/perdant, on fera inévitablement face à une séparation et un conflit parfaitement évitables dans la relation interpersonnelle. Cela crée une dynamique de ‘moi contre toi’ où chaque partie ressent le besoin de protéger son territoire. Nous sommes alors loin d’un rapport étroit. C’est un rapport où la méfiance règne et où chacun(e) est en état d’alerte, se demandant ce que l’autre est en train de manigancer pour profiter de lui/elle.

Dans cette dynamique, ce rapport ne pourra jamais en être un de respect et de confiance. Et pourtant…..la relation interpersonnelle est l’élément le plus important !

Comment s’éloigner de ces modèles traditionnels? Surtout si les gens avec qui nous négocions ont cette mentalité traditionnelle ?


Pourquoi la négociation consciente est la nouvelle voie à suivre

J’utilise le terme “négociation consciente” car pour changer un état d’esprit ou des habitudes bien ancrées, nous devons être complètement conscients du comportement que nous démontrons à tout moment de façon à garder les vieilles habitudes inefficaces à distance.

La négociation consciente est une approche globale. C’est une façon d’être qui se reflète dans nos intéractions avec les autres. Quand j’enseigne les compétences en négociation, j’invite les autres à se regarder à l’intérieur d’abord, parce que c’est le travail interne critique qui leur donne la force de se comporter d’une manière intentionnelle et consciente. Il s’agit de faire le travail nécessaire afin de devenir votre propre roche inébranlable en temps de tempête.

La négociation consciente est en vérité un outil de leadership conscient. Il s’agit d’une compétence qui se développe à travers la pratique et l’acceptation de soi. Je recommande donc fortement de faire dans un premier temps le travail interne requis pour développer votre leader intérieur. Quand vous vous sentirez prêt à faire de la négociation consciente, gardez ces trois principes à l’esprit au fur et à mesure que vous avancez :

1. Soyez conscient de votre impact

Vous ne pouvez contrôler ni les gens ni les circonstances. Vous pouvez uniquement contrôler votre comportement. Cela aura un impact sur votre expérience interne et influencera le monde autour de vous. Prenez donc conscience de la manière dont vous vous comportez et veillez à avoir un impact positif.

2. Concentrez-vous sur la vue d’ensemble

La vue d’ensemble dans une négociation en affaires englobe les buts organisationnels, vos valeurs personnelles et votre mission, ainsi que les liens que vous bâtissez avec l’autre personne ou l’autre partie. Gardez toujours cette vision en tête

3. Restez intègre !

Etre intègre c’est être entier. Si vous faites des compromis sur ce qui est important pour vous, si vous agissez à l’encontre de vos valeurs, si vous laissez vos Gremlins prendre le dessus, si vous faites des choix non alignés avec qui vous êtes, vous vous abandonnez. C’est un peu comme si vous retiriez des briques d’un immeuble, cela porte atteinte à l’intégrité de la structure du bâtiment.

Restez donc intègre et entier.


La négociation et la mentalité d’abondance

Ces 3 principes de négociation sont les plus simples à comprendre et à appliquer, lorsque vous adoptez le concept de l’ayni – un concept indigène andin qui dans le fond signifie la réciprocité

Alors pourquoi je ne le nomme pas directement réciprocité me demanderez-vous? Parce que c’est bien plus que ça. Comme les langues sont des produits des cultures auxquelles elles appartiennent, il n’y a pas toujours de traductions directes pour des mots qui ont une signification complexe. ‘Ayni’ en est un exemple.

Hand holding wheat stalksLa réciprocité signifie un échange ou un accord qui est mutuellement bénéfique, alors que ‘Ayni’ implique aussi abondance et bénéfice communautaire. Dans la culture et les pratiques occidentales, nous avons l’habitude bien ancrée de voir les choses avec une perspective de manque. On suppose toujours qu’il n ‘ y en a pas assez pour tout le monde, que si les autres en ont plus, automatiquement cela signifie qu’on en a moins, et que pour survivre nous devons veiller à protéger nos propres intérêts à tout prix.

Cette supposition est fondamentalement erronée. Et pourtant, elle s’immisce dans le monde des affaires, en particulier dans la négociation. Cette crainte du manque nous amène à agir à l’encontre de nos valeurs, et crée une séparation dans les rapports interpersonnels qui, sans elle, seraient précieux.

Nous avons inconsciemment adopté cet état d’esprit de manque depuis bien trop longtemps. Avec la négociation consciente, nous choisissons intentionnellement de transformer cette manière de penser.

En mettant en pratique les 3 principes de négociation consciente ci-dessus, je vous invite à adopter également le concept de l’ayni, afin de croire en l’abondance, croire qu’il y en a assez pour tout le monde, et croire que les avantages réciproques sont bien plus bénéfiques à long terme.

Dans cet esprit, voyons voir maintenant ce qu’est la négociation consciente dans le monde des affaires


10 conseils pour une négociation consciente efficace

  1.   Résolution de problèmes plutôt que prises de positions

Les positions que les gens prennent sont rigides. Elles déclenchent des émotions et amènent les gens à s’entêter. Les positions peuvent aussi dériver des valeurs, qui, en général, ne sont pas négociables.

Les intérêts personnels, en revanche, sont des cibles mobiles. Il s’agit de circonstances en transformation continuelle. Mettre l’accent sur les intérêts favorise une compréhension mutuelle de ce qui importe le plus aux deux parties et de la clarté concernant le type de compromis qu’on peut faire et qui honore et respecte toutes les parties prenantes et mène à une croissance.

Ci-dessous quelques exemples d’approches basées sur des prises de positions comparées à des approches basées sur la résolution de problème

 

Approche basée sur la prise de position Approche basée sur la résolution de problème
Je mérite d’être mieux payé et mon patron refuse d’augmenter mon salaire Je peux recevoir une rémunération plus élevée en considération de mes compétences, de mon expérience et de mes qualifications. Je comprends que l’organisation doit suivre certaines procédures et il y a peut être d’autres variables dont je ne suis pas au courant. Le mieux est d’avoir une discussion.
Ils nous demandent trop d’argent pour ces pièces. Ils doivent baisser leurs prix ou nous trouverons d’autres fournisseurs L’augmentation récente des prix des pièces est hors de notre budget. Je sais qu’il y a eu des fluctuations à travers les chaînes d’approvisionnement. J’aimerais en savoir plus sur l’impact que cela a sur notre fournisseur et voir comment nous pouvons collaborer ensemble pour trouver une solution
Ceci est un meilleur forfait pour le client, mais ils voudront sûrement choisir l’option moins chère Le forfait au prix plus élevé comprend XYZ, ce qui correspond à ce que le client nécessite selon mon expérience. Cependant je comprends qu’ils puissent avoir des inquiétudes concernant le budget. J’aimerais en savoir plus sur leurs limites et leurs objectifs afin de parvenir à un accord réussi.

 

Quand vous démarrez avec des prises de positions, vous fermez beaucoup de portes. Quand vous commencez en vous concentrant sur le problème spécifique à régler, vous créez de nouvelles voies. C’est la différence entre gagner et créer. Y êtes-vous seulement pour un gain immédiat ou y êtes vous pour une réussite à long terme ?

La plus grande flexibilité existe avec la résolution de problèmes. C’est là où vous pouvez créer des solutions tout en 1- étant conscient de votre impact ; 2- gardant une vue d’ensemble, 3- agissant avec intégrité

 

  1. Écoutez plus, parlez moins

Cette phrase, vous l’avez probablement entendu avant, mais avez-vous entendu celle-ci : ceux qui écoutent sont ceux qui ont le plus de pouvoir

Ceci dit, je n’aimerais que vous pensiez à cela en termes de jeu de pouvoir. Pensez-y plutôt en termes de capacité à influencer positivement. Plus vous écoutez, plus vous en saurez sur les gens, les équipes, et les organisations avec lesquelles vous marchandez. Plus vous en apprendrez, mieux vous comprendrez leurs défis et ce qui importe pour eux. Et plus vous comprenez, plus vous serez en mesure de voir des possibilités pour vous deux.

Comme la psychologue organisationnelle Ruchi Sinha nous a fait remarquer durant son intervention dans TED, beaucoup d’ échecs en négociation sont plus dûs à des malentendus qu’à des désaccords. Restez à l’écoute – à l’écoute réelle – et soyez ouvert à comprendre.

Et si l’autre partie ne parle pas? Voici quelques questions qui aident à démarrer et maintenir la conversation :

“Qu’en est-il pour vous?”

“Quel est votre plus grand défi actuel ?”

“Dans un monde idéal, où tout est possible, comment aimeriez vous qu’on travaille ensemble ?”

“A quoi pensez-vous lorsqu’on parle de XYZ ?”

Apprivoisez le silence. SI la réponse est courte, restez silencieux. Ils finiront par reprendre la parole et vous en apprendrez plus.

 

  1. Montrez vos cartes

La confiance va toujours dans les deux sens. Bien entendu, il y a des choses que vous ne pouvez partager, que ce soit pour des raisons légales ou éthiques, et la plupart des gens sont bien conscients de cela et le comprennent très bien en situation de négociation. Toutefois, il y a beaucoup de choses que vous pouvez partager, mais que vous hésitez à partager à cause des modèles de négociation traditionnels profondément ancrés en nous. Si vous désirez que tout le monde s’ouvre et se fasse confiance, vous devrez probablement faire le premier pas

Les affirmations suivantes pourraient vous inspirer:

“Cette compagnie est importante pour moi. Elle me tient à cœur et j’aimerais continuer à travailler ici. J’ai aussi des objectifs financiers personnels que je suis déterminé à atteindre. Une augmentation de salaire contribuera à atteindre ces objectifs. Êtes-vous disposé à aborder les différentes possibilités ?”

“L’économie étant ce qu’elle est actuellement, on hésite à nous engager pour ce prix des pièces. Nous devons envisager des choses que nous n’avons jamais dû prévoir auparavant et c’est angoissant. Quelle a été votre expérience ?”

“Je sais que c’est un prix plus élevé, et je suis convaincue que c’est ce dont vous avez besoin afin d’atteindre vos objectifs. Pouvez-vous m’en dire plus à propos de votre situation actuelle ? Je suis certaine que plus on en discutera plus on sera en mesure de voir des possibilités.”

  1. Curiosité plutôt que suppositions

Cela peut être bénéfique de nous mettre à la place de quelqu’un et d’imaginer ce que cette personne vit tant que nous restons ancrés et bien conscients que nous sommes dans le domaine de l’imagination. Il s’agit alors de curiosité.

Quand on fait des suppositions, en revanche, nous traitons ce que notre imaginaire nous dit comme un fait établi, et c’est à partir de ce moment-là que nous mettons des limites à nous-mêmes et aux gens autour de nous.

Choisissez toujours la curiosité. Quand vous pensez savoir ce que l’autre personne vit, abordez le sujet avec curiosité : “Serait-il correct de dire que….j’ai le sentiment qu’il s’agit là d’un sujet délicat…..j’entends qu’il y a peut-être d’autres aspects à prendre en considération….j’aimerais avoir votre avis sur une pensée qui m’a traversé l’esprit….”

Les seules suppositions que vous devriez avoir est que vous voyez les choses de votre propre perspective, et qu’il y a d’autres perspectives à découvrir qui vous éclaireront

  1. Explorez vos modèles mentaux (et les leurs)

Les façons d’opérer finissent par créer des modèles mentaux qui nous guident lorsque nous les suivons inconsciemment. L’auteur et psychologue Adam Grant a récemment dit « Trop de personnes passent leur vie à devenir des descendants obéissants plutôt que de bons ancêtres »

Une méthode qui a bien marché pour les anciennes générations en affaires  ne fonctionnera pas nécessairement dans le monde d’aujourd’hui ou de demain. Nous devons transformer fondamentalement la façon dont nous opérons en affaires car le monde s’est fondamentalement transformé. Et puisqu’il est souhaitable que le monde continue d’évoluer dans le bon sens, les modèles mentaux sont au cœur de cette transformation nécessaire. Avant d’entamer une quelconque négociation, complétez le feuillet des modèles mentaux afin de mieux comprendre l’origine de votre façon de penser, ce qui la motive, ce qui vous importe réellement et là où vous pouvez être flexible.

Explorer des modèles mentaux est une excellente façon de transformer votre approche en une approche créative, et de vous rappeler que toute négociation est simplement une conversation entre êtres humains, une rencontre en des termes humains, avec des forces humaines, des défis humains et des valeurs humaines.

Soyez déterminé à être un bon ancêtre, à faire le travail nécessaire pour transformer vos modèles mentaux, afin de tracer un meilleur chemin pour ceux qui vous suivront

  1.   Connaissez votre MESORE (ou BATNA en anglais)

Votre MESORE est votre Meilleure Solution de Rechange/Repli. Une des craintes les plus communes dans la négociation en affaires est celle d’être exploités ou qu’on profite de nous.Tout le monde veut éviter cela et il s’agit d’une crainte qui peut être valide dans un lien où la confiance n’a pas encore été établie.

Le MESORE, c’est considérer toutes vos options avant de rencontrer l’autre partie et déterminer votre plan d’action au cas où vous ne pourriez pas parvenir à un accord, et pas seulement une idée mais un plan complet avec des étapes établies. Dans ce sens, il peut être utile de définir d’abord votre « pourquoi » – le but ultime qui vous motive vous, personnellement, ou votre projet, ou votre organisation. Comme Simon Sinek disait durant son intervention au TED, votre « pourquoi » est ce qui va toucher les autres. C’est aussi ce qui est important pour vous. C’est ce qui donne un sens à tous vos efforts, négociations y compris. Faites en sorte que votre ‘pourquoi’ régisse votre MESORE pour que ce dernier soit constitué sur une base solide.

En faisant cela, vous aurez de la clarté sur ce sur quoi vous ne pourrez lésiner afin de maintenir votre intégrité. Votre intégrité étant protégée, tout le reste est possible, ce qui vous donne la liberté et la possibilité de concentrer vos négociations sur la vision que vous voulez matérialiser. Si vous avez écouté le TED talk de Ruchi Sinha, vous vous souvenez peut-être du point sur l’importance de ne pas s’attacher à un résultat spécifique. S’attacher à un résultat spécifique donne lieu à un état d’esprit rigide et sur la défensive. Connaître votre MESORE en est l’antidote. Cela vous permet de vous détacher de résultats spécifiques et rigides et d’être ouverts à la créativité, à la flexibilité et à la co-création.

 

  1.   Aidez les à connaitre leur MESORE

Faites resurgir le coach de négociation en vous.Vous avez tout à gagner si l’autre personne a la même clarté que vous. Souvenez vous que la plus grande priorité est le rapport entre vous. C’est ce qui importe vraiment à long terme.

Les gens entament des négociations sans savoir clairement ce qu’ils peuvent et ne peuvent pas accepter. Ils savent ce qu’ils veulent retirer des négociations mais ils n’ont pas réellement réfléchi au pourquoi, là où un nombre infini de possibilités existe.

 

Utilisez des questions clés pour les faire réfléchir. Commencez par “qu’est ce qui vous importe le plus ?” puis, au fur et à mesure qu’ils répondent, encouragez les à creuser plus en leur posant des questions comme “quel est l’aspect le plus important de ce sujet” “Dans un monde idéal, à quoi cela ressemblerait ?” “Vous avez parlé de XYZ. Dites-m’en plus. “Quelle place a-t-elle ou il dans votre vision d’ensemble?”

 

  1.   Veillez à établir un but en commun

Par nature, un but en commun est une approche qui unit. Quand vous en avez un, vous pouvez aller de l’avant ensemble, en tant qu’équipe.

La stratégie gagnante pour créer un but en commun consiste à laisser l’autre partie diriger l’élaboration de ce dernier. Au début de la discussion, posez une question du genre “Selon vous quel est notre objectif aujourd’hui ?”. Utiliser des termes tels que “notre objectif” les pousse à vous considérer ensemble, et leur demander de donner leur avis sur la question leur permet de se sentir à l’aise et en contrôle de la situation.

En réalité, vous êtes tous deux en contrôle de vous-mêmes et une négociation consciente respecte cela. En leur donnant cette opportunité d’exercer leur contrôle, vous les guidez vers un état d’esprit de but en commun et de co-création.

SI vous avez du mal à établir un objectif en commun, je vous invite à découvrir le concept magnifique du troisième côté que le médiateur et l’auteur du livre « Arrivez au oui », William Ury, explique en détails dans son TED talk. L’idée est que dans toute négociation, il y a deux côtés à table et un troisième côté, qui englobe la plus grande vue d’ensemble. Avoir de la clarté sur ce troisième côté vous permet de révéler les choses qui vous importent à vous deux, et ce qui vous fera évoluer.

 

  1.   Validez tout ce qu’ils disent

Valider n’équivaut ni à être d’accord ni à céder. Il s’agit plutôt de reconnaître leur expérience et leur perspective comme étant valides et dignes de mention.

Imaginons que vous négociez une augmentation de salaire au travail. Votre superviseur vous dit « La compagnie applique des standards de taux salariaux sur la base du titre et de l’ancienneté dans l’entreprise »Vous pourriez répondre « Je sais que la compagnie a des standards en place. Voici mon expérience et je me demande s’il y a d’autres possibilités. »

Ou imaginons que vous négociez les conditions d’un contrat de vente. Votre client vous dit « Mes supérieurs ne vont pas accepter ça ». Vous pouvez alors répondre « Vous vous souciez de la réaction de vos supérieurs. Parlons-en ».

Dans les deux cas vous ne capitulez pas et vous n’êtes pas d’accord non plus. Vous validez tout simplement.

Considérez cela comme un échange d’empathie – être empathique envers l’autre et demander de l’empathie envers soi. Dans le livre « Ne coupez jamais la poire en deux », le maître négociateur parle de ce concept en profondeur. Il s’agit de reconnaître, avec empathie, les inquiétudes de l’autre personne, de demander de l’empathie en retour, ce qui vous permet de ne pas être d’accord sans être désagréable. Ainsi, vous ne vous considérez plus comme des ennemis mais plutôt comme des êtres humains ayant certains besoins et certaines craintes.

Lorsqu’on se sent écoutés, vus et respectés, on est plus disposés et ouverts à co-créer. Voilà en quoi consiste la validation.

 

  1. Ralentissez

Girl meditating at workL’urgence cause du stress et bloque la créativité. Ralentissez. Gardez un rythme calme et détendu. Ne soyez pas pressé. Même s’il y a une date d’échéance stricte, parlez-en avec assurance et gentillesse. Par exemple vous pouvez dire “Nous avons une date d’échéance stricte, mais je pense que nous avons assez de temps pour nous entendre et parvenir à un accord qui nous convienne à tous. Commencez donc!”

Si d’autres semblent se précipiter et bâcler les choses, ou s’ils mettent la pression aux autres pour aller plus vite, parlez-en avec douceur “Je sens que vous sentez la pression pour en finir au plus vite. Je comprends bien cela et j’aimerais que nous terminions tous cela en étant fiers de ce qu’on aura créé. Je suis persuadé(e) que nous pouvons y parvenir avec les temps qui nous ont été assignés.”

SI l’urgence est plus reliée au moment de la journée ou à d’autres affaires en cours, reportez la discussion à un autre moment. “Il semble que vous ayez beaucoup de choses à faire en ce moment. Je ne veux pas que vous vous sentiez obligé(e) de prendre une décision sous pression. Et si on reportait cela à demain matin?”


Est ce que la négociation consciente est une faiblesse?

On m’a récemment fait réfléchir avec la remarque que plusieurs techniques utilisées en négociation consciente seraient considérées comme de la faiblesse. Lors d’un cours que je donnais, un étudiant considérait que ce n’était pas ainsi qu’on faisait les choses.

Et vous savez quoi? L’étudiant avait raison. On ne mène typiquement pas ainsi les négociations. Ces techniques ne correspondent pas à ce qui nous est enseigné et elles seraient probablement perçues comme faibles par tous ceux qui se dédient aux modèles traditionnels de champ de bataille.

S’agit-il pour autant d’une approche faible? Non. Bien au contraire.

Pour commencer, à chaque fois que vous allez à l’encontre du statu quo, vous choisissez le chemin de grande résistance, un chemin qui requiert de la force intérieure et beaucoup de courage.

Ensuite, si vous revenez aux suggestions antérieures, vous verrez qu’on ne vous demande jamais de sacrifier ce qui compte pour vous, de capituler face à des requêtes non raisonnables, ou de vous dévoiler complètement.

Prenons un exemple. Cet étudiant en particulier semblait avoir du mal à accepter l’idée de montrer son jeu, et a fait référence au modèle de négociation de Ackerman. J’avoue que cela m’avait un peu déconcerté dans le moment. J’ai depuis fait des recherches, et il s’agit d’une technique que je connais bien (et que vous connaissez probablement bien aussi, sous une forme ou une autre), mais je ne la connaissais pas sous ce nom. C’est chose faite maintenant et je suis reconnaissante pour cette opportunité d’apprentissage.

Le modèle Ackerman consiste à miser extrêmement haut ou extrêmement bas – dépendamment du bord où vous vous trouvez – avant de négocier vers le haut ou vers le bas pour atteindre votre cible. Il n’y a pas de mal à commencer en misant haut ou bas. Le problème survient quand vous vous attachez à un résultat précis, puisque cela ne vous permet pas de voir d’autres possibilités que vous n’auriez pas considérées. Cela limite votre flexibilité. Tant que vous connaissez votre MESORE, vous êtes dans une position bien plus avantageuse si vous restez ouvert à d’autres possibilités.

Et si l’autre partie utilise des modèles traditionnels tels que le modèle Ackerman ou toute autre technique? Est ce qu’ils ne percevraient pas alors votre approche comme étant faible? Peut-être bien….et alors? La perception d’une autre personne vous concernant n’affecte en rien votre pouvoir de négociation. Ce pouvoir là reste entre vos mains. Supposons qu’ils voient de la faiblesse (ou plutôt ce qu’ils perçoivent comme une faiblesse), et qu’ils essaient ainsi de vous exploiter. Encore une fois…et alors? Vous avez investi du temps et des efforts pour connaître votre business et votre MESORE, considérer leur côté des choses, vous aligner avec vos valeurs et votre mission……et c’est là une force qui ne peut être ébranlée.

La faiblesse est causée par la crainte des choses sur lesquelles nous n’avons pas de contrôle. Cela ébranle votre confiance et vous distrait. La vraie force provient de votre capacité à rester ancré dans l’unique chose que vous pouvez toujours contrôler – votre comportement. Souvenez-vous que l’énergie d’une seule personne peut transformer toute la conversation. Choisissez la conscience. Choisissez de défier le statu quo; d’être un acteur du changement; de refuser d’emprunter le chemin de la moindre résistance pour la simple raison que “c’est ce que tout le monde fait”.


Êtes- vous prêt à passer à l’étape supérieure?

Afin de vous préparer à négocier de manière consciente, utilisez la feuille de préparation à la négociation consciente ici. Cette feuille vous permettra d’avoir la clarté dont vous avez besoin afin de négocier avec intention et focus. Lorsque vous remplirez les sections concernant la perspective de l’autre partie, gardez en tête qu’il s’agit là d’un exercice d’imagination, et pas de présomptions. Son but est de développer vos habilités à voir les perspectives des autres et de garder votre esprit ouvert.

Dans toute négociation, la chose dont vous pouvez être certain est que toute personne impliquée est un être humain. Vous êtes tous des êtres humains. Des personnes avec des peurs et des insécurités similaires, et des personnes qui ont des valeurs et des buts avec lesquels ils doivent s’aligner. Il y a tellement de place pour de la flexibilité et la créativité dans cet espace là, alors pourquoi se limiter et limiter nos organisations avec un état d’esprit de “gagnant ou perdant”? Adoptez un état d’esprit conscient et ouvrez vous à toutes les possibilités.

Si vous voulez être coaché(e) en négociation consciente et vous ouvrir ainsi des possibilités aussi bien pour vous même, que pour votre équipe et votre organisation, je vous invite à me contacter.