Le triangle de l’impuissance

Dites-moi….savez vous ce qu’est la désautonomisation?

Ce mot, qui est parfois utilisé en alternance avec les mots “impuissance” ou “déresponsabilisation” pour traduire le mot “disempowerment” en anglais, signifie rendre quelqu’un moins autonome et donc moins apte à réussir. 

Dans le monde, il y a d’innombrables exemples de désautonimsation et nous sommes nombreux à nous indigner face à ces situations et à proclamer “Ce n’est pas juste. Cela doit cesser.”

Ceci dit…êtes-vous en mesure de reconnaître lorsque vous êtes la personne désautonomisée, impuissante? Et qu’en est-il lorsque la personne qui est à l’origine de votre impuissance n’est autre que….. vous-même?

Il y a un mot pour ça – l’auto-sabotage – mais cela a l’air agressif et on a tendance à penser “Je ne me saboterais jamais moi-même – je m’en rendrais compte si je le faisais”.

Mais lorsqu’on regarde la définition suivante qui est un peu moins agressive – “nous rendre moins autonome et donc moins apte à réussir” – et on pense à la manière dont on se parle et comment cela mène à certains choix et comportements, on peut alors voir clairement comment on peut se laisser entraîner dans des situations qui nous rendent impuissants sans même nous en rendre compte.


La difficulté est réelle, mais vos verres de lunettes ne sont pas justes

Le mot “désautonomiser” met le pouvoir là où il se trouve, soit en vous. Si vous pouvez vous désautonomiser, vous pouvez vous autonomiser.

Alors…pourquoi est-ce si difficile? Pourquoi est-ce si difficile de nous donner le pouvoir d’avancer en étant la meilleure version de nous mêmes?

La raison est liée aux habitudes et modèles comportementaux. Les modèles avec lesquels nous avons grandi, les modèles qui nous entourent, les modèles et habitudes que nous avons adopté durant les moments difficiles….les modèles deviennent non seulement nos zones de confort mais aussi les lunettes avec lesquelles nous voyons le monde.

Lorsqu’on vit les mêmes scénarios plusieurs fois, cela forme les lunettes à travers lesquelles nous voyons le monde. “Les choses sont ce qu’elles sont”, croyons-nous. Et c’est bien cela qui nous empêche d’avancer – la croyance qu’ainsi va le monde et on ne peut rien y faire..

En réalité, vous créez votre propre monde, que vous vous donniez le pouvoir de faire marcher les choses pour vous ou que vous vous rendiez impuissant en adoptant la croyance que vous ne pouvez que subir les choses qui vous arrivent.


Le triangle de l’impuissance

Le concept de ce triangle nous a été apporté par le Docteur psychiatre Stephen B. Karpman dans les années 60 sous le nom du “triangle dramatique”, drama triangle en anglais. Le cadre du triangle dramatique a été utilisé pour comprendre bon nombre de dynamiques relationnelles. Dans ma formation de leadership, l’expression anglaise “Triangle of Disempowerment“, qu’on pourrait traduire par “Triangle de désautonomisation” ou “Triangle de l’impuissance” , a été utilisée et c’est la dénomination que je préfère parce qu’elle nous permet de comprendre immédiatement la raison pour laquelle on voudrait éviter d’être pris dans une telle dynamique. Après tout, on pourrait effectivement croire qu’il n y a pas de mal à s’engager dans un peu de drame de temps à autre, mais lorsque vous réalisez à quel point cette dynamique retire l’autorité que vous avez sur votre propre vie, vous êtes plus motivé(e) à reprendre votre pouvoir.

Même si vous n’avez jamais entendu ce terme, le “triangle de la désautonomisation/de l’impuissance” (ou le triangle dramatique – selon votre préférence) est une dynamique extrêmement commune avec laquelle vous êtes probablement déjà familier. Si vous n’êtes pas actuellement pris dans une telle dynamique, il est très probable que vous l’ayez été dans le passé. Cela a certainement été le cas pour moi! 

Le triangle de l’impuissance peut être vu comme une histoire qui se déroule autour de 3 personnages principaux:

  • La Victime

La Victime pense “Je ne suis pas assez bon(ne) et je ne le serai jamais. Tout est joué d’avance et il n y a rien que j’y puisse faire. Je suis ainsi fait(e) et je ne peux tout simplement pas faire ce que les autres font.”

Avec toutes ces forces incontrôlables contre elle, la Victime se défait de toute responsabilité pour sa vie, et croit que c’est la responsabilité des autres de l’aider car elle est incapable de s’aider elle même. Il n’est pas rare qu’elle critique et blâme les autres en affirmant que son état de victime permanent est la faute de l’enfance et l’éducation qu’elle a eues ou de toute autre force hors de son contrôle et qu’elle n’a pas choisi.

  • Le Sauveur

C’est seulement à travers ce qu’il peut faire pour les autres que le Sauveur détient son sens de la vie ainsi que son estime de soi. Il ne voit pas sa valeur en dehors de cela. Souvent, la mentalité du Sauveur le porte à éviter d’assumer la responsabilité de sa propre vie en se déclarant responsable de la croissance ou de la réussite des autres.

Le Sauveur a besoin qu’on ait besoin de lui et il adopte parfois le rôle du martyre, en prétendant qu’il doit se sacrifier pour le bien de ceux qui l’entourent. 

  • Le Persécuteur

Le Persécuteur pense que le monde est dangereux, que tout le monde manigance contre lui, et qu’il doit rester sur la défensive. Le Persécuteur est souvent agressif et combatif, et pense qu’il doit attaquer en premier pour éviter qu’on ne profite de lui. En créant ainsi une ambiance de guerre, il n’est guère surprenant de constater que le Persécuteur amène les autres à se mettre sur la défensive, et crée ainsi un monde qui correspond à ses croyances. 

La plus grande peur du Persécuteur est celle de perdre le contrôle et de devenir une victime.


Ces 3 personnages ont besoin les uns des autres.  La Victime a besoin du Sauveur pour la déresponsabiliser et du Persécuteur pour ‘prouver’ qu’elle est perdante d’avance. Le Sauveur a besoin de la Victime pour donner un sens à sa vie et du Persécuteur qui a le rôle du vilain de qui il faut protéger la victime. Le Persécuteur a aussi besoin de la Victime qui devient la “preuve” que le monde est dangereux et que sa plus grande peur est réelle. Il a aussi besoin du Sauveur qui devient la preuve que personne ne l’aidera et qu’il n’a d’autre choix que de défendre son bifteck.

Pensez aux comtes de fée classiques. Il y a presque toujours une jeune femme en détresse qui est victimisée par le vilain et qui doit être sauvée par le prince. Il s’agit d’une histoire qui nous est tellement familière que nous la reproduisons maintes et maintes fois dans notre vie (bien que dans la vie réelle, les personnages peuvent être indistinctement des hommes ou des femmes).


Être coincé(e)s dans le triangle

Pensez au triangle des Bermudes – des navigateurs experts qui sont pris dans le chaos, incapable de trouver la voie de sortie.

Être coincé(e) veut dire être pris dans des dynamiques ou des histoires répétitives qui se reproduisent sans fin. La personne coincée a du mal à trouver une voie de sortie et n’est souvent même pas consciente de la manière dont elle a créé la situation où elle se trouve, un peu comme un(e) pilote perdu(e) qui ne se rend pas compte qu’il/elle tourne en rond.

Il y a plusieurs manières dont on peut se retrouver coincés dans la vie – différents modèles de comportements ou croyances qui nous font sentir qu’on ne peut pas avancer. Le triangle de l’impuissance ou le triangle dramatique n’est pas la seule manière dont on peut se retrouver coincés, mais c’est une manière extrêmement commune.

Voilà à quoi ressemble l’immobilisation dans le triangle:

  • La Victime

La Victime se dit qu’elle est incapable de dépasser les obstacles. Pourtant….la vie est pleine d’obstacles! Avec la pensée dominante “Je ne peux pas”, la Victime ne fait autre que rencontrer des obstacles dans la vie, ce qui “prouve” qu’elle a raison. Toute personne qui aide la Victime prouve à cette dernière qu’elle est incapable de s’aider elle-même. Toute personne qui n’aide pas la Victime prouve à cette dernière qu’elle a le monde contre elle. Elle est coincée.

  • Le Sauveur

Le Sauveur est généralement une personne proche de la Victime – un(e) ami(e), un(e) membre de la famille, un(e) conjoint(e), un(e) enfant adulte, etc. Les besoins incessants de la Victime et sa prétendue incapacité de se prendre en charge renforcent l’histoire du Sauveur qu’on a besoin de lui et qu’il ne peut prioriser ses propres besoins ou désirs car les besoins de la Victime sont plus importants que les siens. Il est coincé.

  • Le Persécuteur

Le Persécuteur est pris dans l’histoire que tout le monde est contre lui, il est donc toujours prêt à la bagarre. Face à cette approche agressive, les autres se défendent agressivement aussi ou quittent les lieux, et prouvent ainsi au Persécuteur que le monde est ainsi fait. Les gens vont soit l’éviter en courant ou l’attaquer, il doit donc être prêt. Il est coincé. 

Voici un fait important: Ce que vous présentez au monde renforce l’histoire que vous vous racontez. C’est ainsi qu’on est immobilisés et qu’on crée notre propre monde.

Cette vérité est très libératrice. Lorsque vous reconnaissez la dynamique ou l’histoire dans laquelle vous êtes coincé(e), vous pouvez aussi reconnaître la manière dont vous l’avez créée. Et si vous avez créé la situation dans laquelle vous vous trouvez, vous pouvez vous créer toute autre chose en vous racontant une autre histoire.

Que vous soyez coincé(e) dans ce triangle ou coincé(e) d’une toute autre manière, la clé de la sortie réside dans votre prise de conscience des dynamiques qui vous gardent dans l’impuissance; c’est ce qui vous permettra ensuite de faire des choix différents. Des choix éclairés et habilitants. Des choix louables.


Le sentiment de valeur personnelle et la libération

Vous libérer commence par assumer à 100% la responsabilité de votre monde.

Pas DU monde. Bien entendu il y a des choses dans le monde que vous ne pouvez contrôler. Je parle ici de VOTRE monde. Votre façon de pensée, votre attitude; vos croyances, votre leadership intérieur, vos choix, vos comportements….tout ce qui constitue votre monde et dont vous avez le contrôle.

Quand vous comprendrez bien cela vous pourrez briser les patterns de l’impuissance et vous donner du pouvoir.

Revenons à l’exemple de notre pilote. Coincé dans le triangle des Bermudes, en manque de clarté et de conscience, notre pilote impuissant ne fait que tourner en rond. Si on sort du triangle, bien entendu il y aura toujours des obstacles mais les pilotes sont alors en mesure de visualiser les moyens de les surmonter. Ils font des choix avec leur destination en tête. Cette clarté leur procure l’habileté et la capacité d’aller où ils désirent.

Dans la vie, sortir du triangle de l’Impuissance revient à reconnaître vos habitudes malsaines qui vous empêchent d’avancer, reconnaître votre responsabilité les concernant, et réaliser que vous méritez d’aller de l’avant. Cela revient à reconnaître que l’histoire que vous vous racontez (ou que les autres vous racontent) n’est autre ….qu’une histoire.

La Victime, le Sauveur et le Persécuteur ont cela en commun qu’ils acquièrent le sens de leur valeur personnelle de l’extérieur. Mais le sens de votre valeur personnelle s’acquiert de l’intérieur. Il est enraciné dans votre humanité, vos forces, vos passions, votre mission de vie, et se développe lorsque vous honorez votre moi véritable et vous choisissez d’être l’auteur de votre propre histoire.

Détenir votre sentiment de valeur personnelle de l’extérieur est un choix qui vous rend impuissant. Cela met le pouvoir dans les mains d’autres personnes. Lorsque vous vous trouvez dans le triangle, ce sont les comportements des autres et leurs choix qui déterminent le sens de votre valeur personnelle. 

Mais il est tout aussi possible de reprendre son pouvoir des mains des autres que de le donner. Ce choix vous appartient et vous a toujours appartenu. Récupérer le sentiment de votre valeur personnelle vous redonne du pouvoir. C’est un choix qui vous libère.


Mon histoire

En parcourant mon passé, je peux clairement voir plusieurs occasions où j’étais coincée dans le triangle de l’impuissance. Toutefois, aujourd’hui, c’est une expérience récente qui me vient à l’esprit en relation au triangle.

Avant le Covid, j’avais prévu de participer à une méditation guidée.Il s’agissait d’un événement présentiel en groupe dans un endroit retiré. Suite à une série d’incidents hors de mon contrôle, j’ai fini par arriver en retard et tout agitée. La shaman – qui est aussi une amie et une guide – m’a accueilli en faisant des observations qui m’ont semblé être des réprimandes.

Après la méditation, bien que je me sentais régénérée et revigorée, les sentiments négatifs issus de cet échange continuaient à m’embêter. J’ai donc décidé de lui en parler. Il s’est alors avéré qu’elle n’avait nullement l’intention de me réprimander, et que ses mots exprimaient plutôt son inquiétude et sa préoccupation à mon égard puisqu’elle savait que j’avais dû conduire dans des routes enneigées dangereuses pour arriver à destination. 

Eh bien dites donc! J’ai réalisé que je m’étais laissée aller dans mon ancienne  histoire de victime. Toutefois, cette fois-ci, j’ai fait le choix courageux d’en parler avec la personne concernée. Si cela m’était arrivé il y a des années, je me serais tue, afin de préserver la paix et ne pas paraître “difficile”.  

J’aurais privilégié le fait d’être vue comme une personne de valeur au lieu de me faire valoir.

Cette fois-ci, après avoir fait le travail nécessaire pour retrouver mon sentiment de valeur personnelle et assumer la responsabilité complète de ma vie, j’ai fait le choix de briser mes vieilles habitudes en me faisant valoir avec courage et en faisant face au conflit avec curiosité. Quelle différence! Quel cheminement!


Parvenir à l’estime de soi et acquérir le sentiment de valeur personnelle

Lorsqu’une situation se présente où vous adopteriez normalement un des trois rôles du triangle, prenez un moment pour être présent en vous même – si ce n’est que 5 secondes – et posez vous la question, “Qu’est ce qui m’intéresse plus, que je sois PERÇU(E) comme une personne valable ou que je SOIS une personne valable?”.

La vérité est que personne ne peut vous donner votre sentiment de valeur personnelle. Personne ne peut combler ce vide pour vous – ni les autres, ni l’argent, ni vos titres de fonction…..et personne ne peut vous retirer votre sentiment de valeur personnelle.

  • Vous êtes valable, exactement comme vous êtes.
  • Vous méritez et vous êtes capable de travailler sur vous même. 
  • Vous méritez et vous êtes capable de poser des actions.
  • Vous méritez et vous êtes capable de changer.

Vous méritez de recevoir de l’aide, du soutien, et d’être guidé(e) et accompagné(e) pendant votre guérison, ET vous devez aussi prendre en charge votre cheminement.

Vous sortez du triangle lorsque vous vous prenez en charge. Et vous méritez celà également et vous en êtes capable.

Engagez-vous à devenir l’auteur de votre vie en changeant l’histoire que vous vous racontez. Faites le avec intention et répétition, en intégrant votre nouvelle histoire, une histoire de responsabilisation personnelle où vous êtes chaque jour un peu plus vous même, où vous nouez des liens sains aussi bien avec vous mêmes qu’avec les autres, et où vous vous construisez une vie joyeuse et épanouissante. Dans votre nouvelle histoire, soyez le héros. Le héros est très différent du sauveur. Le Sauveur dépend de l’existence d’une victime et d’un persécuteur pour accomplir sa mission. Le Héros ou l’Héroïne dépend de lui-même/elle-même pour accomplir sa mission, et choisit la destination de sa propre histoire.


Le livre du Héros

Imaginez que vous êtes né(e) avec deux livres. Dans un livre il y a tout ce que vous ne pouvez pas contrôler et ce que vous ne contrôlerez pas. Cela raconte l’histoire d’où et quand vous êtes né(e), votre famille d’origine, votre composition génétique, les choses qui se passeront autour de vous, etc. Vous ne contrôlez rien dans cette histoire; c’est une histoire qui se déroule comme elle doit se dérouler pendant votre vie.

Le livre du Héros

Le deuxième livre est l’histoire du Héros. Ce livre est un livre vierge au début car vous êtes chargé(e) de rédiger le contenu. Au cours de votre vie, ce livre se remplit petit à petit de choses que vous pouvez contrôler. Cela raconte l’histoire de tout ce que vous réalisez avec le contenu du premier livre – comment vous répondez, les choix que vous faites, les relations que vous cultivez, vos comportements, les valeurs dont vous faites preuve. Vous êtes quotidiennement l’auteur de ce livre, que vous en soyez conscient(e) ou pas. Et ce qui est le plus important c’est que vous êtes en mesure de changer le cours de l’histoire à n’importe quel moment.

Si, jusqu’à présent, vous vous racontiez une histoire d’impuissance, commencez à raconter une nouvelle histoire.

Voici 4 étapes pour commencer à vous raconter une nouvelle histoire et vous libérer:

  • Repérez une histoire limitante que vous vous racontez
  • écrivez une nouvelle histoire sur le même sujet où vous avez le pouvoir
  • Trouvez ou créez des affirmations qui renforcent cette histoire
  • Consacrez une minute par jour à faire quelques respirations profondes, suivies par ces affirmations et accueillez cette énergie là comme si elle faisait déjà partie de votre vie.

A l’avenir, et au fur et à mesure que l’histoire du premier livre se déroule, posez-vous les questions suivantes “Comment est ce que cette histoire peut en devenir une où j’ai le pouvoir? Comment puis-je devenir mon propre Héros/la propre Héroïne en ce moment?”

Au cas où vous aimeriez avoir de l’aide, du soutien et des conseils avisés pour vous libérer et briser vos propres cycles d’impuissance en vous connectant à votre leader intérieur, je vous invite à me contacter.